Bref historique de la Sûreté du Québec

 

 

Dès le début de la Confédération canadienne en 1867, le nouveau gouvernement provincial du Québec tente de créer son propre corps de police. Il projette de créer sa police en intégrant les effectifs des corps policiers de Montréal, de Trois-Rivières et de Québec, ce qui s'avère un échec. En fait, seule la Ville de Québec accepte la proposition gouvernementale d'intégrer sa police municipale dans la Police provinciale. Ainsi, la première police provinciale au Canada commence ses activités le 1er mai 1870. L'effectif était de 48 constables, 13 sergents et 4 détectives aussi appelé "la police secrète". L'expérience durera sept ans; soit de 1870 à 1877. De petits détachements sont par ailleurs installés en province à Lévis, Hull, Buckingham, Sillery, Oka, Sherbrooke et Montréal. Le nombre de gendarmes atteints 90 en 1874. La Ville de Québec doit verser annuellement au gouvernement provincial 25,000$. Lorsqu'en 1876 le gouvernement réclame 35,000$ de la Ville de Québec, celle-ci refuse, faisant ainsi disparaître la Police provinciale qui est ainsi dissoute le 30 avril 1877. En 1878, la Police provinciale est abolie et les rares policiers provinciaux sont intégrés au service de police de la Ville de Québec.

 

En 1883, c'est une nouvelle relance de la Police provinciale avec la construction du nouveau Parlement à Québec. Les quelques constables provinciaux doivent assurer la garde du Parlement de Québec. En 1899, la Police provinciale de Québec ne comptait que 22 constables; tous cantonné au quartier général de Québec. Ils devaient principalement garder le Parlement, tout en continuant à exécuter les ordres des cours criminels. À l'occasion, ils interviennent pour ramener l'ordre en province. Augustin McCarthy est nommé chef de la Police provinciale en 1902.

 

L'expansion du réseau routier et l'accroissement du nombre d'automobiles entraînent la création d'une police provinciale parallèle. Ainsi, au cours des années 1920, des officiers de la circulation en motocyclettes commencent à patrouiller les routes du Québec. La création de la Commission des liqueurs en 1921 amène la mise sur pied de la Police des liqueurs; établissement de deux quartiers généraux de la Police provinciale, l'un à Montréal et l'autre à Québec, dirigés chacun par un chef et un sous-chef; le Bureau des détectives de Montréal devient la division de Montréal de la Police provinciale; nomination de Dieudonné-Daniel Lorrain au poste de chef de la Police provinciale à Montréal; Augustin McCarthy garde la direction de la Police provinciale à Québec en 1922; création de la Police de la circulation placée sous l'autorité du Procureur général en 1936.

 

Sanctionnée le 8 avril 1938, la Loi relative à la Sûreté provinciale intègre les policiers de la circulation et des liqueurs à la Police provinciale, désormais désignée comme la Sûreté provinciale du Québec. Cette fusion donne à la Sûreté une structure composée de quatre branches distinctes.

 

1-La police judiciaire qui est chargée des enquêtes criminelles ;
2-La gendarmerie qui est responsable du maintien de l'ordre ;
3-La police de la route qui fait respecter les lois de la route ;
4-La police des liqueurs qui est chargée de l'application de la loi sur l'alcool;

 

L'autorité est confiée à un commissaire, Philippe-Auguste Piuze, résidant à Montréal et à un commissaire adjoint, Léon Lambert, résidant à Québec. À cette époque, l'effectif de la Sûreté provinciale du Québec est de 700 membres et les premiers postes permanents sont établis. En mai 1940, la Police des liqueurs est détachée de la Sûreté et redevient un organisme indépendant.

 

Le retour au pouvoir du gouvernement unioniste de Maurice Duplessis coïncide avec la fin de la Seconde Guerre mondiale et avec un accroissement du budget, de l'effectif et des postes de police à la Sûreté. En 1945, elle acquière sa première flotte d'autos patrouille équipée d'un système radio afin de desservir les régions de Montréal, Québec, Sherbrooke et de Trois-Rivières. Puis, pendant les années 50, l'effectif policier passe de 700 à 1200 membres.

 

L'élection d'un gouvernement libéral, dirigé par Jean Lesage, en 1960 va entraîner une réorganisation importante de la Sûreté provinciale. Josaphat Brunet, officier supérieur retraité de la G.R.C., devient directeur de la Sûreté provinciale avec le mandat de réformer le corps de police. Une école de police est créée et de nouvelles normes d'embauche sont établies. L'effectif est augmenté. Une centaine de postes de police sont créés. Le parc automobile de la Sûreté passe de 582 en 1962 à 928 en 1968. Le vert olive devient la couleur officielle des uniformes en 1962 et celle des véhicules automobiles en 1963 avec les portières jaunes. Inauguration du quartier général, rue Parthenais, à Montréal en mars 1968.

 

La Sûreté provinciale devient la Sûreté du Québec le 21 juin 1968. En 1969, l'Institut de police de Nicole remplace l'École de police de la rue Poupart à Montréal. Le nombre de policiers passe de 3096 en 1969 à plus de 4000 en 1973. Le nombre de véhicules augmente de 1073 en 1970 à 1700 en 1979. À l'âge de 39 ans, Jacques Beaudoin devient le plus jeune directeur général de toute l'histoire de la Sûreté du Québec le 1er octobre 1974. Nicole Juteau devient la première femme policière à la SQ le 11 septembre 1975. Formation du premier groupe tactique d'intervention en 1976. Les Jeux olympiques de 1976 à Montréal mobilisent plus de 1400 policiers de la Sûreté du Québec pendant plus de 50 jours. Organisation de la police autochtone dans les communautés cries et plus tard dans les communautés inuit en 1979. La SQ absorbe la Police de l'autoroute en 1980 et compte désormais 4 585 policiers.

 

En 1984, utilisation sans succès de moyens de pression du syndicat de policiers (A.P.P.Q.) et rassemblement de 3 000 agents en uniforme devant l'Assemblée nationale le 22 novembre pour obtenir du gouvernement le respect d'une sentence arbitrale fixant les salaires des policiers. Le gouvernement du Québec fixe par décret les conditions de travail des policiers; ceux-ci rentrent au travail par crainte de suspension disciplinaire ou de destitution en vertu de dispositions spécifiques de la Loi de police.

 

Le 11 juillet 1990, le caporal Marcel Lemay est abattu lors d'un raid visant à démanteler les barricades des Warriors à Oka. C'est le début d'une crise majeure au Québec qui va mobiliser presque 3000 policiers de la SQ dans les régions d'Oka et Châteauguay durant presque 3 mois. Afin de résoudre cette crise, la SQ sera finalement remplacée par l'armée canadienne.

 

(27/10/1994) Tragédie mortelle; accident de la route; collision frontale d'un camion et d'un véhicule banalisé de la Sûreté du Québec à la jonction des autoroutes 40 et 55, à Trois-Rivières-Ouest; bilan: 4 morts, des jeunes policiers stagiaires de l'Institut de police de Nicolet (Alexandre Pucar, 26 ans, de Saint-Michel-des-Saints, Serge Arsenault, 32 ans, de Bois-des-Filion, Denis Tremblay, 30 ans, de Chicoutimi, et Yves Bossé, 25 ans, de Lévis); le policier conducteur, Marc Saint-Germain, de la Sûreté du Québec, 26 ans, est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort; trouvé coupable, il est condamné à 6 ans de prison par le juge Jean-Claude Beaulieu; sa cause est portée devant la Cour d'appel qui ordonne un nouveau procès le 14 juin 1999; à l'issue d'un nouveau procès tenu en juin 2000, Saint-Germain est reconnu coupable par un jury siégeant à Montréal de négligence criminelle ayant causé la mort, puis condamné à 2 ans de prison par la juge Lise Côté de la Cour supérieure du Québec le 6 juillet 2000. 

  

Affaire Matticks: Le 15 juin 1995, après avoir conclu que les agents de la SQ avaient amélioré une partie de la preuve, la juge Micheline Corbeil Laramée ordonne l'arrêt des procédures entreprises contre Gerald et Richard Matticks et 5 autres individus accusés de trafic de drogues. (Juillet) Le directeur Serge Barbeau confie une enquête sur l'affaire Matticks aux enquêteurs internes Louis Boudreault, Bernard Arsenault et Hilaire Isabelle. (Août) Hilaire Isabelle, un des enquêteurs dans l'affaire Matticks, est victime d'intimidation au cours d'un party chez l'un des officiers responsables de l'enquête sur le clan Matticks. Au terme de l'enquête, le directeur Barbeau suspend les trois enquêteurs. (15 octobre) Quatre agents de la SQ, Pierre Duclos, Lucien Landry, Dany Fafard et Michel Patry, sont accusés de parjure, fabrication de preuve et d'entrave à la justice en rapport avec le procès avorté des frères Matticks le 15 juin précédent. Le 9 juin 1996, après 10 semaines de procès, les quatre policiers impliqués sont acquittés par un jury. Le 10 juin, le directeur, Serge Barbeau, suspend l'agent Mario Simard pour manque de loyauté envers la SQ; il avait été celui qui avait expliqué aux enquêteurs internes ce qui s'était passé. Le 18 octobre, le gouvernement du Québec ordonne la tenue d'une enquête publique après des allégations que des officiers de haut rang de la SQ avaient tenté de saborder l'enquête interne sur l'affaire Matticks; le juge Lawrence Poitras est chargé de diriger cette enquête. Le 23 octobre le directeur général, Serge Barbeau, est suspendu de ses fonctions alors que le ministre de la Sécurité publique, Robert Perreault, annonce la tenue d'une commission d'enquête sur la SQ.

 

Le 5 janvier 1998, une tempête de verglas s'abat sur plusieurs régions du Canada. De l'est ontarien au Nouveau-Brunswick, des millions de personnes se retrouvent sans électricité, certaines pendant plus d'un mois. Au Québec, le verglas aura causé 22 morts, sans compter les gens qui sont morts en tombant de leurs toits durant le déglaçage. 1000 pylônes électriques sont tombés ainsi que 24 000 poteaux de bois, 120 lignes de transports ont été endommagées. Plus de 2000 policiers de la SQ et des centaines de policiers municipaux sont mobilisés afin d'assurer la sécurité des citoyens québécois dans plusieurs régions du Québec. Près de 12 000 soldats ont été mobilisés, le plus important déploiement militaire en tant de paix de l'histoire du Canada. Plus de 3 millions de personnes ont été privées d'électricité simultanément à un certain moment donné au Québec. Des dizaines de milliers de personnes ont été privées de courant durant plus d'un mois. Près de 454 centres d'hébergement se sont ouverts recevant, dans des conditions souvent lamentables, des centaines de milliers de personnes sinistrées. Les hôpitaux ont été submergés, les médecins et les infirmières littéralement débordés. Le coût des travaux de consolidation du réseau hydroélectrique s'élèvera pour sa part à 850 millions de dollars. C'est finalement le 8 février, 35 jours après le début de la panne, que le courant électrique sera rétabli partout au Québec.

 

Le début du nouveau siècle semble des plus prometteurs pour la SQ. Avec l'imposition de la loi 19 sur les services policiers au Québec, plusieurs intégrations de services de police municipaux sont effectuées.

 

Le 15 octobre 2012, le nouveau gouvernement minoritaire du Parti québecois, a remplacé le directeur général de la SQ, monsieur Richard Deschesnes. Le nouveau DG est M. Mario Laprise directeur de la sécurité industrielle à l'Hydro-Québec depuis 2005. Cette décision a pris tout le monde par surprise au sein de la SQ. Le 11 décembre 2012, le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, annonce qu'il y aura enquête sur trois hauts gradés de la SQ, soit l’ancien directeur général, Richard Deschênes, le directeur général adjoint Jean Audette et Steven Chabot, ancien directeur général adjoint retraité depuis mars 2010. Les allégations reprochées sont relatives à l’utilisation de dépenses spéciales d’opération, qui auraient été faites dans un cadre inapproprié et non conforme des politiques de gestion de la SQ. Le 28 janvier 2014, les anciens hauts gradés de la SQ sont accusés de vol, faude et abus de confiance.

 

Le 12 août 2014, M. Mario Laprise, démissionne après seulement 22 mois comme directeur général de la SQ. Le nouveau gouvernement Libéral de M. Philippe Couillard a décrété un nouveau processus de nomination pour le DG de la SQ en créant un comité de sélection plus transparent et moins politique. Le directeur général adjoint, M. Luc Filion, est nommé directeur général intérimaire le temps de sélectionner le nouveau DG.

 

Le 23 octobre 2014, M. Martin Prud'homme, alors sous-ministre à la Sécurité publique, est nommé directeur général. Afin d'atteindre l'équilibre budgétaire, le gouvernement du Québec a mis en place des mesures administratives à la SQ. Budget annuel diminué, abolition de 150 postes d’officiers, diminution du temps supplémentaire, réduction du parc automobile et favoriser le partage des ressources entre les unités stratégiques. La SQ a procédé à une refonte des 10 districts pour la création de seulement quatre districts. 

 

Le 6 décembre 2017, M. Martin Prud'homme est nommé directeur intérimaire au SPVM jusqu'au 31 décembre 2018. Le directeur du SPVM, M.  Philippe Pichet est suspendu le temps de trouver un nouveau directeur. Pendant son nouveau mandat au SPVM, Martin Prud'homme sera remplacé par son adjoint, Yves Morency, à titre de directeur général par intérim de la SQ. M. Prud'homme reprendra ensuite son poste, qui a été renouvelé pour un nouveau mandat de cinq ans. Il sera suspendu le 6 mars 2019 par la ministre de la Sécurité publique, Mme Geneviève Guilbault, pour des allégations de nature criminelle à son égard. Cependant, le Directeur des poursuites criminelles et pénales rejettera la plainte et le libère des allégations d'entrave et d'abus de confiance. Monsieur Prud'homme prendra sa retraite le 30 août 2021 à la suite d'une entente à l'amiable et met fin à sa poursuite civile contre le gouvernement. Il aura été relevé de ses fonctions pendant plus de deux ans et payé à ne rien faire environ 250 000$ par année (salaire et avantages sociaux).   

Le 16 novembre, la ministre de la Sécurité publique annoncera la nomination de Johanne Beausoleil au poste de directrice générale intérimaire de la SQ. Mme Beausoleil est une ancienne haute fonctionnaire qui cumule plus de 30 ans dans le domaine de la sécurité publique dont 25 ans en gestion. Elle sera nommée directrice général le 2 février 2022. Mme Beausoleil sera la première femme à diriger la SQ. 

 

Directeurs de la Sûreté du Québec:

1870-1877 Doucet, Pierre-Antoine (commissaire)

1877-1878 Amyot, Jean-Baptiste (commissaire)
1880-1899 Chauveau, Alexandre (commissaire)
1902-1922 McCarthy, Augustin(chef province)
1922-1928 Lorrain, D. Daniel (chef Montréal)
1929-1932 Lalonde, Maurice-C. (chef Montréal)
1932-1961 Lambert, Léon (chef Québec)

1932-1936 Lalonde, Maurice-C. (chef, province)
1936-1937 Aubé, Philippe (chef, province)
1937-1940 Piuze, Philippe-Auguste (commissaire)
1940-1944 Gaboury, Marcel (directeur)
1944-1950 Lamarche, Joseph-Paul (directeur)
1951-1954 Beauregard, Hilaire (intérimaire)
1954-1960 Beauregard, Hilaire (directeur)
1960-1965 Brunet, Josaphat (directeur général)
1965-1968 Robert, J.-Adrien (directeur général)
1969-1973 Saint-Pierre, Maurice (directeur général)
1973-1974 Benoît, Paul-A. (directeur général)
1974-1988 Beaudoin, Jacques (directeur général)
1988-1995 Lavigne, Robert (directeur général)
1995-1997 Barbeau, Serge (directeur général)
1997-1998 Coulombe, Guy (directeur général)
1998-2003 Gagné, Florent (directeur général)
2003-2008 Proulx, Normand (directeur général)
2008-2012 Deschenes, Richard (directeur général)

2012-2014 Laprise, Mario (directeur général) 

2014-2014 Fillion, Luc (directeur général intérimaire) 

2014-2017 Prud'homme, Martin (directeur général) 

2017-2018 Morency, Yves (directeur général intérimaire)

2018-2019 Prud'homme, Martin (directeur général) 

2019-2019 Bouchard, Mario (directeur général intérimaire)

2019-2022 Beausoleil, Johanne (directrice général intérimaire)

2022-        Beausoleil, Johanne (directrice général)

 

Documents de références:

La Sûreté du Québec depuis 1870 (Proulx, J.Raymond)
La Sûreté du Québec de 1870 à 1995 (Proulx, J.Raymond)
A.P.P.Q. 1966 à 1991 (Leclerc, Jean-François)
Histoire du service de police de Québec (Gagnon, Gérald)

Site web de la Sûreté du Québec